Mano et son jardin



Mano est de ces personnes chez lesquelles la visite se termine, immanquablement par un tour de jardin, par quelques boutures offertes et quelques conseils en prime.

 

J’ai, moi aussi eu droit, à plusieurs reprises, à ces visites guidées du jardin de Mano. Jen garde un souvenir olfactif encore intense. Évidemment, lorsqu’il présente ses plantes, il est intarissable quant à leurs multiples vertus. C’est ainsi que j’ai découvert et retenu la dimension aromatique, magique, condimentaire et surtout thérapeutique d’un bon nombre d’entre elles. J’ai même eu l’occasion, suite à une de ces visites, de lui réclamer une plante ou une autre dont il m’avait parlé pour soigner un rhume et plus tard une entorse.

 

Si je devais décrire ce fameux jardin donne l’impression d’être extensible: Mano y trouve toujours une «dernière petite place » sous un arbre, dans un coin, pour une nouvelle plante, une nouvelle bouture ou pour des graines quelconques qu’il cherchait « depuis longtemps »

C’est un vieil agriculteur aux origines amérindiennes, qui lui a appris tout ce qu’il sait des plantes, de la terre, de la lune...

Celui-ci avait vécu près de vingt ans dans son voisinage et lui avait montré comment traiter la terre, planter les fruits et les légumes, comment observer et respecter les phases de la lune. Ce faisant, il lui avait appris la patience ainsi que la mesure: ne pas tailler trop tôt ou trop tard, ne pas récolter avant terme, et ainsi de suite.

Aujourd’hui encore, Mano raconte à qui veut l’entendre, la façon dont ils allaient chercher des plants en tout genre très loin dans la forêt (ignames sauvages, patates douces…). C’est aussi dans tous ces moments-là qu’il avait appris à utiliser les plantes médicinales: celles à usage interne et externe, celles qui servent pour les tisanes diverses, les décoctions, ainsi que beaucoup d’autres remèdes traditionnels.

 

Mano aime à souligner qu’il ne demandait pas d’explications à ce monsieur lorsque celui-ci lui suggérait une plante pour se soigner. Il lui faisait entièrement confiance, parce que celui-ci « connaissait très bien les plantes».

Ainsi Mano ne posait de questions «ni sur le comment ni sur le pourquoi», il s’exécutait et constatait simplement qu’il allait mieux.

Aujourd'hui propriétaire et concepteur du grand jardin luxuriant et coloré de près d’un hectare qui entoure sa maison, certes Mano partage son savoir sur l’utilisation et le  dosage des plantes, mais il ne prétend pas tout savoir. Il reste passionné, toujours curieux, et désireux de faire de nouvelles acquisitions.

 

La seule ombre au tableau de cette idylle entre Mano et la nature est que celui-ci aimerait bien, à son tour, avoir la relation qu’il avait avec le vieux monsieur.

A ce jour, il peine encore à trouver avec qui l’instaurer. Son fils? Mano se désole de voir ce jeune homme couper des plantes «n’importe comment », comme il dit. Un jardinier? Parfois, il en fait venir un pour l’aider un peu mais il n’en est jamais vraiment satisfait. Selon Mano tous « ces gens n’aiment pas la terre! », mais c’est plus fort que lui. Il essaye toujours de faire naître chez eux un intérêt en s’accrochant à l’idée que « peut-être un jour ça marchera.»